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La donne change pour l’industrie vidéo ludique en Afrique

L’Afrique prend les manettes

L’industrie du jeu vidéo en Afrique vient de faire un grand bon en avant grâce au studio camerounais Kiro’o Games

Il s’agit du premier studio de jeu vidéo d’Afrique centrale, Kiro’o Games, créateur du premier jeu développé au Cameroun à destination du public africain et international: Aurion : L’Héritage des Kori-Odan.

L’industrie du jeu vidéo, aussi dit industrie vidéo ludique, est le secteur d’activité économique qui regroupe la conception, la production ainsi que la commercialisation des jeux vidéos. Cette industrie a fait son apparition dans les années 70, et a depuis fait un sacré bout de chemin.


Considéré il y a presque cinquante comme une singularité s’adressant à un public spécifique, le jeu vidéo s’adresse aujourd’hui à un très large publique, notamment grâce aux multiples genres proposés et aux progrès technologiques réalisés au fil des années. Il est en effet possible de jouer sur les traditionnelles consoles de salon, qui sont toujours plus performantes et versatiles, ainsi que sur un ordinateur portable ou de bureau. Il ne faut pas oublier les tablettes et les smartphones, ces plateformes qui ont vu naître les jeux vidéos mobiles et sociaux, qui sont en partie responsables de l’augmentation de joueurs et de la diversité de leur profil à travers le monde. Contrairement à l’idée véhiculée, les jeux vidéos ne s’adressent pas qu’aux enfants et aux adolescents, mais aussi aux adultes. Rappellons-nous que la première génération de joueurs sont aujourd’hui des adultes, et que la plupart n’ont pas arrêté de s’amuser.


L'industrie, qui pèse plusieurs milliards de dollars, est dominée par plusieurs développeurs et éditeurs. Parmi les plus célèbres nous pouvons citer l’américain Electronic Arts, le Français Ubisoft, et bien sûr le géant japonais Nintendo. Le Japon et les États-Unis sont aussi les berceaux des plus grands fabriquants de console de salon qui se livrent une bataille acharnée pour le contrôle du marché. Sony et la fameuse Playstation ainsi que Nintendo, créateur de la Wii et des monuments que sont la Gameboy ou la Nintendo 64, s’opposent au géant de l’informatique Microsoft et sa XBox.


Le marché du jeu vidéo est aussi polarisé en suivant la même localisation que les éditeurs, développeurs et fabriquants: les principaux marchés se trouvent en Amérique du Nord, en Europe et en Asie de l’Est. Toutefois, l’émergence et la croissance économique de certains pays, ainsi que l’apparition des plateformes que sont les smartphones, voient naître de nouveaux marchés comme le Brésil, la Russie, la Chine, ou encore l’Inde.


Le potentiel africain


Le développement et les ventes de jeux vidéos se concentrent principalement sur trois zones géographiques malgré l’émergence de nouveaux marchés. L’Afrique est un continent où l’industrie vidéoludique est en développement, mais il ne fait cependant pas partie des priorités des grands éditeurs, en partie à cause d’un pouvoir d’achat encore trop faible, l’achat d’une console ou d’un ordinateur représentant un investissement conséquent pour de nombreux foyers.


Toutefois, les jeux vidéos y gagnent en popularité et le marché possède un grand potentiel. En effet, le téléphone mobile et l’utilisation de l’internet mobile explosent en Afrique, ce qui a favorisé l’émergence de start-ups spécialisées dans le développement de jeux mobiles. Parmi ces entreprises pionnières en Afrique, nous pouvons citer les éditeurs Maliyo Games et Kuluya au Nigéria, créant des jeux mobiles simples et amusants, parlant à la population africaine en s’inspirant de leur quotidien. Nous pouvons aussi mentionner Leti Arts, qui possède des studios au Ghana et au Kenya, et qui s’inspire du de l’histoire et du folklore africain pour développer des jeux ainsi que des applications. Enfin, Kola Studios en Ouganda a développé une application très populaire basée sur un jeu de carte local. Ces start-ups ne veulent pas en rester là et espèrent bien pouvoir faire bénéficier de leurs applications au reste du monde.


Kiro’o Games, studio de classe mondiale


Il existe cependant un studio très ambitieux qui se veut porte étendard de cette industrie naissante du jeu vidéo en Afrique, et espère ouvrir la voix tant à la consommation qu’à la production, et ainsi faire valoir le savoir faire africain dans son domaine au reste du monde. Il s’agit du premier studio de jeu vidéo d’Afrique centrale, Kiro’o Games, créateur du premier jeu développé au Cameroun à destination du public africain et international: Aurion : L’Héritage des Kori-Odan.


Ce jeu est ce que l’on appelle un Jeu de Rôle, plus communément appelé RPG de l’anglais Role Playing Game, qui permet au joueur de faire évoluer le personnage qu’il incarne à l’écran, au travers de quêtes et de combats. C’est un genre peu répandu en Afrique, grâce auquel Kiro’o espère introduire l’African Fantasy: un genre de jeu mettant en avant des éléments de la culture africaine et la beauté de son paysage, mélangé avec beaucoup de fantasy, c’est à dire des éléments surnaturels comme l’utilisation de la magie ou l’apparition d’esprits.


L’équipe de Kiro’o Games travaille sur ce projet depuis fin 2012, la sortie du jeu étant prévue pour Avril 2015. Le développement de ce jeu vidéo prend du temps car ce n’est pas qu’une simple application pour téléphone. C’est un travail qui requiert un plus grand investissement et de plus grandes prouesses techniques de la part de ses créateurs.


Olivier Madiba, le fondateur du studio Kiro’o Games, a créé son entreprise il y a dix ans lorsqu’il était encore étudiant. Comme il le dit lui même, “créer un studio de jeux vidéos en Afrique est un pari fou”, mais un défi qu’il a relevé afin de concevoir des jeux vidéos auxquels les africains pourraient s’identifier. Son équipe est aujourd’hui composée d’une vingtaine de designers et programmeurs, représentant la première génération de professionnels du jeu vidéo au Cameroun. Le studio a pu voir le jour grâce au crowdfunding, une méthode permettant de lever des fonds sur internet auprès du grand public, et qui est encore peu répandue en Afrique.


La nouvelle de la mise en place d’un studio en Afrique centrale, avec un jeu vidéo innovant dans ses cartons, a fait le tour de la presse spécialisée et attiré de nombreux investisseurs issus de différents pays, et pas seulement au travers du crowdfunding. La société a aussi pu bénéficier du parrainage de plusieurs institutions, comme le Ministère des Arts et de la Culture du Cameroun. La levée de fonds générée a ainsi permis à l’entreprise d’ouvrir fin 2013 ses locaux, afin de continuer le développement du jeu dans des conditions optimales.


Encore des niveaux Ă  terminer


L’industrie vidéoludique est déjà bien en place sur la plupart des continents, mais pour des raisons socio-économiques, la consommation et la production peinent à décoller en Afrique. Dans ce contexte, Kiro’o Games se positionne clairement comme un pionnier. Son ambition et sa capacité d’innovation sont des facteurs qui nous laissent penser que leur premier jeu vidéo sera un succès, pas seulement en Afrique, mais dans le reste du monde. Cette initiative ouvrira la porte à de nouveaux studios, le talent artistique et informatique étant présent mais malheureusement inexploité sur le continent, et nous l’espérons à de nouveaux investisseurs convaincu du potentiel créatif des professionnels africains.


Les studios africains devront cependant orienter leurs produits en priorité vers l’international afin de prospérer et grandir. Le marché africain n’en étant qu’à ses balbutiements et fortement orienté vers les jeux mobiles, peu coûteux et plus faciles d’accès que des jeux plus volumineux nécessitant des plateformes plus coûteuses. Même si il reste clairement un long chemin à parcourir avant que les jeux vidéos s’imposent comme un bien de consommation en Afrique, nous ne pouvons que saluer l’initiative de Kiro’o Studios, qui fait du bien à l’industrie du divertissement, et encore plus à sa terre d’origine. Chapeau.

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